Goudstikker: << Une justice qui s'est fait attendre >>

07 Février , 2006, 06:12 GMT de Baker & McKenzie Amsterdam N.V.

LA HAYE, Pays-Bas, February 7 /PRNewswire/ --

- Le gouvernement hollandais décide de restituer des milliers de tableaux spoliés à l'héritier de Jacques Goudstikker

Le gouvernement hollandais va finalement offrir une mesure de réparation à la famille du négociant en art juif Jacques Goudstikker, décédé en mai 1940 alors qu'il fuyait l'invasion nazie. L'adjoint du ministre à l'Education, à la Culture et à la Science, Medy van der Laan, a adopté la plupart des recommandations du Comité consultatif pour les demandes de restitution des articles ayant une valeur culturelle et de la Seconde Guerre mondiale (ou Comité des restitutions) et résolu ainsi les principales réclamations portant sur des objets d'art spoliés par les nazis aux Pays-Bas en restituant 202 oeuvres détenues le gouvernement hollandais à l'héritier de Jacques Goudstikker.

La décision concerne des oeuvres d'art de la collection historique de Goudstikker actuellement aux mains de l'Etat hollandais. Elle fut pillée en 1940 dans la galerie de M. Goudstikker par le maréchal Hermann Goering et ses partisans peu après l'invasion des Pays-Bas. Après la reddition des nazis, les forces alliés retrouvèrent ces trésors en Allemagne et les confièrent au gouvernement hollandais afin qu'ils soient remis aux propriétaires légitimes. Or, au lieu d'être remis à l'épouse de M. Goudstikker qui cherchait à les récupérer en 1946, les objets de la collection Goudstikker furent accaparés par les autorités et intégrés à la Collection nationale.

Un rêve devenu réalité

<< Justice est enfin faite. Un rêve devient réalité pour mes filles et moi, Charlene et Chantal >> déclare Marei von Saher, veuve du seul fils de Desi et Jacques Goudstikker, Edo, et seule ayant-droit à l'héritage des Goudstikker. << Depuis un premier refus du gouvernement en 1998, nous avons mené notre combat pour que soit rendue justice. Nous avons enfin obtenu ce que malheureusement Desi, ma belle-mère, s'est vu refuser peu de temps après la guerre. C'est en 1996 que j'ai fait mienne sa mission de restauration de l'héritage de Jacques Goudstikker et de récupération des biens spoliés. J'aurais aimé que mon mari Edo puisse être témoin de cet événement mais il est décédé cinq mois après sa mère. Néanmoins, je suis ravi que l'importance de Jacques Goudstikker dans le monde artistique de l'avant-guerre soit de nouveau reconnue dans le monde entier. Sans l'aide d'avocats, d'historiens d'art, de fonctionnaires et d'amis dévoués, nous ne serions jamais parvenus jusqu'ici. A travers la révélation de la véritable histoire des Goudstikker, une partie essentielle du passé de ma famille est rétablie >>.

<< Il est déplorable qu'il ait fallu autant de temps, d'argent et d'efforts pour que soit prise la décision de rendre les tableaux >> remarquent les avocates de la famille Goudstikker, Dick Schonis du cabinet Baker & McKenzie et Roelof van Holthe tot Echten du cabinet Oostwaard Lawyers, qui ont consacré huit ans à la bataille judiciaire visant à la restitution. << Toutefois, nous sommes heureux de voir une erreur de l'Histoire corrigée et nous espérons que cette importante décision constitue une première étape vers restitution des autres tableaux appartenant à la collection Goudstikker. >>

Conséquences profondes

La décision van der Laan est lourdes de conséquences. Il est désormais reconnu que l'Etat hollandais doit rendre les oeuvres d'art appartenant à Goudstikker. Cela pourrait conduire à la restitution de quelques-uns des plus grands tableaux hollandais, flamands et italiens appartenant aux collections de 17 musées nationaux. Le Comité de restitutions, qui a conseillé Mme Van der Laan, est présidé par l'ancien président de la Court of Justice d'Amsterdam, M. B.J. Asscher. Messieurs Schonis et Van Holthe tot Echten souligne : << Bien que nous nous réjouissions de la restitution de 202 oeuvres d'art, c'est avec regret que nous constatons que certaines oeuvres réclamées par Mme Von Saher ne seront pas rendues. Nous venons de recevoir la recommandation du Comité de restitution et la décision de l'adjoint du Ministre de la Culture il y a moins d'une heure. Par conséquent, nous nous abstiendrons de tout autre commentaire avant d'avoir pu examiné avec plus de détail ces documents. >>

Centre d'attention international

Les injustices de l'affaire Goudstikker furent exposées entre 1996 et 1998 par le journaliste d'investigation hollandais Pieter den Hollander, dont l'enquête permit de démontrer comment les intérêts des victimes étaient souvent négligés lors des restitutions après guerre d'objets d'art spoliés. Les regards se tournèrent vers la Hollande au niveau international. L'histoire est racontée dans le livre de M. Den Hollander << De zaak Goudstikker >> (<< L'affaire Goudstikker >>), publié par Meulenhoff en 1998, aux Pays-Bas.

De nombreuses enquêtes lancées depuis lors par le gouvernement hollandais ont confirmé sa gestion inhumaine et bureaucratique des restitutions d'après guerre, ce qui l'a amené à créer le Comité de restitution pour examiner les réclamations portant sur des oeuvres d'art en sa possession.

Répercussions internationales

La décision à laquelle a abouti l'affaire Goudstikker aura des répercussions internationales, si l'on en croit les efforts déployés pour récupérer d'autres oeuvres spoliées de la collection Goudstikker retrouvées en Europe, aux Etats-Unis et dans d'autres pays, sous la houlette de Lawrence M. Kaye et Howard N. Spiegler, avocats en droit des oeuvres d'art international au cabinet Herrick, Feinstein, LLP, à New York. De nombreuses oeuvres de la collection Goudstikker ont dores et déjà été restituées en provenance de certains gouvernements, musées, collections privées, négociants et maisons d'enchères d'Autriche, d'Angleterre, d'Allemagne, d'Israël et des Etats-Unis. On citera notamment un dessin d'Edgar Degas, rendu par le Musée d'Israël à Jérusalem et une nature morte de Rachel Ruysch, grand peintre du 17ème siècle, restituée à la famille le week-end dernier par la Galerie Gemälde de Dresde.

Plus de 1 000 oeuvres d'art volées se trouvent réparties à travers le monde. Un projet international initié en 2002 avec pour but de localiser des milliers d'entre elles toujours manquantes est actuellement dirigé par le détective spécialisé dans la restitution des oeuvres, Clemens Toussaint. Outre les oeuvres déjà rendues, notre équipe d'enquêteurs a trouvé dans des musées du monde entier des douzaines de tableaux que la famille cherche à recouvrer. Ils incluent notamment deux des pièces les plus importants de la collection Goudstikker, l'<< Adam et Eve >> de Lucas Cranach le Vieux au musée Norton Simon de Pasadena, en Californie, et un paysage de David Teniers le Jeune au musée Wallraf - Richartz de Cologne, en Allemagne.

Galerie d'art pillée

Jacques Goudstikker est décédé en mai 1940, en tentant de fuir les Pays-Bas par bateau, laissant presque tous ses biens derrière lui. Il fut victime d'une chute lors de sa capture par le SS Bodegraven et se brisa le cou. Son mandataire, A. Sternheim, était décédé quelques jours avant et M. Goudstikker n'avait pas eu le temps de placer ses biens en lieu sûr.

Quelques jours après la fuite de M. Goudstikker, le maréchal Goering se présenta à la galerie. En menaçant de confiscation et malgré les protestations de la veuve de M. Goudstikker, il s'empara finalement de toute la collection pour deux millions florins, ce qui représentait une fraction de sa valeur réelle, par le biais d'une transaction fictive, vente forcée typique des nazis.

Dans les mois qui suivirent la fuite de M. Goudstikker, les employés Jan Dik et Arie ten Broek livrèrent la galerie aux mains du complice de Goering, le banquier allemand Alois Miedl, en échange d'une coquette récompense de 180 000 florins chacun. Par le biais d'une série s'assemblée d'actionnaires et de transactions fictives, dont l'illégalité fut démontrée ultérieurement, M. Miedl se rendit maître des dernières possessions des Goudstikker : la marque Goudstikker, les oeuvres restantes de la collection après le pillage orchestré par Goeringet les biens immobiliers (le château Nijenrode à Breukelen, l'édifice Herengracht 458 à Amsterdam et le domaine Oostermeer à Oudekerk aan de Amstel). Utilisant le nom de renommée internationale Goudstikker, M. Miedl s'établit en négociant d'art et fit sa fortune pendant la guerre en vendant des tableaux aux nazis en Allemagne, notamment. Il céda également de nombreuses oeuvres à l'étranger.

Un combat acharné

Dans une âpre bataille judiciaire qui a duré sept ans, entre 1946 et 1952, la veuve de M. Goudstikker, Desi, tenta de récupérer tout ce qu'elle put des biens de la famille. De nombreux tableaux volés furent retrouvés en Allemagne après la guerre et renvoyé au gouvernement hollandais par les alliés afin qu'ils soient remis aux propriétaires légitimes. En raison des réticences injustifiées du gouvernement hollandais, Desi ne vit jamais aboutir sa demande.

Nouveaux fait, nouvelle demande

Lorsque de nouveaux faits surgirent concernant cette affaire, la bru de Goudstikker fut invitée par le gouvernement hollandais à déposer une demande de restitution des biens spoliés par Goering. Néanmoins, il rejeta la première demande. Sept ans plus tard, le cabinet hollandais établit le Comité << Herkomst Gezocht >> (<< Origines inconnues >>), présidé par M. R.E.O. Ekkart, afin qu'il se penche de nouveau sur le dossier. En vertu des recommandations édictées par ce comité, le Comité de restitutions déclara en décembre 2005 que l'affaire Goudstikker avait été gérée sans aucun souci de justice par le gouvernement d'après guerre et que les oeuvres réclamées par les héritiers devaient être restituées. Le secrétaire d'Etat Medy van der Laan a décidé de suivre en majorité le contenu de cette recommandation. Ainsi, soixante ans après la fin du conflit, la justice est finalement rendue. Après cette décision, Mme von Saher a fait part de son intention de redoubler ses efforts pour recouvrer les oeuvres volées de M. Goudstikker où qu'elles se trouvent. Elle ajoute : << Nous espérons que la restitution de cette formidable collection conduira les gouvernements, les musées et les autres institutions à travers le monde à réagir de façon aussi responsable et rapide en rendant les oeuvres spoliées par les nazis se trouvant en leur possession. >>

Note aux rédacteurs :

Pour obtenir plus d'informations au sujet de la réclamation internationale de Mme von Saher, veuillez contacter Lawrence M. Kaye et Howard N. Spiegler du cabinet Herrick & Feinstein, à New York.

Support visuel :

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SOURCE Baker & McKenzie Amsterdam N.V.